Religion et Kidnapping sur fond de présidentielle

Publié le par Romain

 

Cette année en France comme au Nigeria c’est les présidentielles. Et elles se passent quasiment en même temps : toutes les deux au mois d’Avril.

Les présidentielles nigérianes vont donc mettre fin aux 2 mandats consécutifs du président actuel : Olusegun Obasanjo. Un peu comme chez nous aussi. Mais apparemment les élections sont déjà jouées d’avance : c’est le candidat du même parti que le président sortant qui va être élu. Cela fait-il un autre point commun avec la France ?...

 

Les nigérians avec qui j’en parle ne sont pas emballés par les élections, ils ne croient plus en leur gouvernement, ni en leurs élites (et ca peut se comprendre !). « Ils prennent tout notre argent sans jamais rien nous donner » « c’est toujours les mêmes têtes depuis 20 ans » « Qui que l’on choisisse, le résultat sera le même ». Résultat : beaucoup ne votent pas, n’en voient pas l’intérêt, ne veulent pas donner l’impression qu’ils croient à cette mascarade de démocratie. Ou alors ils votent, parce qu’ils sentent que c’est important mais ni croient pas plus et s’en remettent à Dieu pour un vrai changement. C’est ce que leur pasteur leur dit tous les dimanches.

 

 

En effet, la pression des nouvelles églises évangélistes est dingue au Nigeria, il y en a des centaines différentes et rares sont les nigérians non musulmans qui n’ont pas choisi la leur. Grand show télévisuel à l’américaine, chantier gigantesque pour la construction d’église, belle voiture, super costard, les pasteurs mènent la grande vie ici. Profitant de la « naïveté » des gens et du fait que la population cherche à se tourner vers autre chose, puisque le gouvernement les trahit, les pasteurs n’ont pas de mal à se trouver des ouailles. Le message qu’ils prêchent n’est pas mauvais en soi (règles de morales, joie de vivre, amour et fraternité) mais au final on obtient une assemblée en transe qui oublie tout le reste, qui s’en fiche presque d’être conduite par le bout du nez par leur gouvernement tant qu’on leur laisse leur église pour aller chanter. Et bien entre leur gouvernement qui ne veut pas redistribuer l’argent et les pasteurs qui arrivent à les convaincre de leur donner le peu qu’ils ont pour « la bonne cause », ils sont mal barrés les pauvres.

Bref la présidentielle dans tout ca..

Et encore là je parle des jeunes de la ville, qui ont eu accès à une éducation, qui travaillent etc... J’imagine que dans les petits villages de campagne, l’intérêt ne doit pas être plus grand !

 Toute la campagne présidentielle ne consiste qu’à se tirer dans les pattes, à démontrer que l’autre est encore plus pourri que soi. Untel a 150 résidences, celui-la a racheté des entreprises illégalement, celui-ci est soupçonné de complot de meurtre, bref c’est l’embarras du choix pour les électeurs.

 C’est vrai qu’on se sent un peu désarmé devant ces politiciens aux richesses outrancières et démesurées. Toujours avides de pouvoir et d’argent mais que l’intérêt du peuple ne préoccupe guère. Toujours plongés dans des affaires de corruption, mais rarement inquiétés. C’est d’autant plus frustrant quand on connait le potentiel du Nigeria, ses richesses géographiques, humaines et ses hydrocarbures à foison. On en vient à rêver qu’en 10 ans, avec des hommes compétents et de bonne volonté, le Nigeria pourrait se trouver transformé. Peut-être même pourrait-il y avoir un réseau d’électricité qui marche, voir un service postal…

 

 

Avec l’approche des élections, le climat dans le Delta se fait un peu plus tendu. Les enlèvements s’intensifient, les militants se multiplient. Au départ ce sont des militants du MEND (Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger) qui pour attirer l’attention sur eux et sur leur cause enlèvent des expatriés. Ils sont maintenant imités par de nombreux jeunes désœuvrés de la région, vivant dans la misère, pour qui ce genre d’enlèvements peut rapporter beaucoup grâce aux rançons payées et qui se convertissent alors en mercenaires. Du coup, maintenant chaque semaine amène son lot d’enlèvement. Les compagnies étrangères (qui en ont donc un peu marre de payer tous les 4 matins et qui pour qui la logistique des moyens de sécurité s’alourdit) font pression sur le gouvernement pour qu’il résolve la crise, mais celui-ci attend les prochaines élections. Depuis quelques mois plusieurs entreprises ont définitivement quitté le delta, dont Michelin d’ailleurs, les familles d’expat sont déplacées à Lagos, l’activité se réduit, Port-Harcourt vit un peu au ralenti dans l’attente des décisions du prochain président

 

 

En attendant les spéculations vont bon train, le climat va-t-il s’aggraver pendant les élections? Va-t-il y avoir des émeutes à l’annonce des résultats? Les expatriés doivent-ils se terrer chez eux ? (cela ne me concerne pas je ne serais plus la)

Adenidji, un collègue, est confiant, lui pense que tout va bien se passer et que de toute façon ce sont des histoires entre nigérians donc les expatries n’ont rien à voir la dedans. Quand il m’explique que les élections commencent mi-mars et que le nouveau président prend ses fonctions le 29 mai, je lui demande ce qu’il se passe entre temps, il me répond alors, blasé : « bah, c’est le temps que les résultats soient contestés ». Forcement, si c’est prévu, pourquoi sans priver…

 

 

Bref, l’échéance se rapproche mais à part les journaux, qui aiment bien dénicher de nouveaux scandales politiques, et les rues placardées d’images de candidats, personne n’en parle, les gens n’ont pas l’air plus passionné que ca, Lagos parait même plus calme, enfin moins bruyante quoi...

Publié dans La vie a Lagos

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damien 20/03/2007 19:44

Salut Romain!...prends bien soin de toi et profites de ce beau trip!!! au plaisir de te revoir à ton retour chez nous!

Amaelle 20/02/2007 13:17

Salut ! La situation est beaucoup plus tranquille au Bénin et Porto Novo peut etre une pause agréable durant ton voyage. N'hésite pas à téléphoner : 97 01 45 99. A bientôt et bonne préparation !