Les impressions d'une touriste

Publié le par Romain

Pour cet article, je passe la parole a Melanie. Apres ses deux semaines de vacances ici, c'est a son tour de donner ses impressions sur le pays et ses habitants:

Il faut bien l'avouer je n’avais pas vraiment envie d’aller passer mes vacances au Nigéria. « C’est un pays dangereux » me disaient les gens à qui je parlais de mon projet. « Lagos est la ville d’Afrique où règne le plus grand taux de criminalité ; c’est le pays le plus corrompu d’Afrique, il y a eu 40 kidnappings d’expatriés depuis le début de l’année, des conflits interreligieux entre chrétiens et musulmans ont déjà tué dans le nord du pays… ». Bref, rien de très réjouissant. Il faut savoir que je n’avais jamais été en Afrique, et que, sans être psychorigide, en général je n’aime pas trop les imprévus… et surtout que j’ai une peur panique de contracter le paludisme ! Alors pour moi, ce séjour en Afrique ça représentait une aventure digne de Koh Lanta !

Et pourtant, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai acheté mon billet d’avion. Après quelques déboires à l’aéroport concernant le billet de Romain (humhum…), nous débarquons donc dans la ville principale de dans cette étrange contrée qu’est le Nigéria, Lagos. Ce qui me frappe le plus en arrivant dans cette ville, c’est la pollution ! Elle est palpable, elle pique le nez et les yeux. Rien d’étonnant quand on voit l’état (et le nombre !) des véhicules. Mais bon, j’étais prévenue.

Ensuite vient le chaos : les rues encombrées, les gens qui vendent tout et n’importe quoi entre les voitures sur voies rapides, les routes défoncées, parfois (souvent) noyées sous plus de 20 cm d’eau, les chèvres et les poules qui se promènent sur le bas coté de la route… et surtout la manière de conduire complètement démente des Nigérians : pas de feux tricolores, pas de passages piétons, vraisemblablement aucune idée de ce que peut signifier la conduite à droite ou encore céder la priorité. C’est le plus gros qui passe le premier, un point c’est tout !  (ou alors celui qui a le plus gros klaxon ? je ne sais pas trop, en deux semaines je n’ai pas réussi à décrypter leur code de conduite…) Toutes ces okadas, dont pas un seul ne porte de casque, forcément.

En résumé, ma première approche du pays me démontre que tout ce qui est strictement interdit sur les routes de France, et bien y en a qui savent le faire, et même très bien ! Malgré toutes ces transgressions à ce que je pensais être des règles universelles, il ressort de cette première approche de Lagos une vie incroyable. Un fourmillement d’activité qui semble ne jamais pouvoir s’arrêter. Et tous ces gens, quelque soit leur condition, semblent toujours avoir le sourire au bord des lèvres. Je ne sais pas où ils trouvent cette joie de vivre et cet enthousiasme (parce ce que Dieu sait que leur vie ne doit pas toujours être marrante pour certains). Mais vous pouvez être sûr que si vous êtes aimables, ils vous gratifieront d’un sourire éblouissant. C’est beau, ça fait du bien.

Nous avons décidé de démarrer en douceur le séjour en passant un week-end à la mode expat à Lagos. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés sur la plage privée de la boîte de Romain, à manger du poisson cuit au barbecue dans des feuilles de bananiers. La plage est magnifique, les vagues sont impressionnantes, le poisson est bon…

Tout semble parfait, si ce n’est que les seuls nigérians à nos cotés sont là pour nous servir. Ca fait un peu « colonialisme » et j’avoue que je ne suis pas très à l’aise avec ce concept. Je souffre d’un gros complexe de supériorité vis-à-vis des Nigérians. Il parait que c’est normal et que je vais m’y habituer... Heureusement, la communauté VI de Lagos ne semble pas trop vivre dans cette ambiance, ils sont plus proches des Nigérians et de la vie locale. Et puis je fais confiance à mon guide qui saura m’emmener dans des endroits typiques par la suite.

 

Mon guide au Nigeria

Le même week end, Romain m’a emmenée au Shrine, une salle de concert où j’ai pu voir Femi Kuti (voir l’article « quelques scènes musicales » de ce blog). C’était mon premier « bain Nigérian » : nous étions les seuls blancs… J’ai vraiment bien aimé l’ambiance, la musique, les danseuses. Il faut savoir que les danseuses de Femi Kuti sont EXTRAORDINAIRES. Il faut imaginer les Claudettes en dix fois plus sensuelles et surtout, bien meilleures danseuses ! Elles bougent leurs fesses d’une façon quasi surnaturelle. Comme beaucoup d’africaines, elles ont ça dans le sang. Mais chez elles, il y a quelque chose en plus. Tout leur corps est en transe on dirait. Chaque muscle est en mouvement. C’est surprenant et magnifique.

 

 

Après ce week end d’adaptation, nous sommes partis pour Calabar. (voir l’article « Calabar et la forêt tropicale »). C’était très étrange de voir une ville si propre comparée à Lagos. Ca m’a confortée dans l’idée que Lagos, ça n’est pas le Nigéria, et surtout, ça n’est pas l’Afrique. Selon moi, c’est une ville un peu à part, qui fait partie de l’Afrique, mais qui ne la représente que très partiellement.

Parmi nos multiples aventures à Calabar, je réserve la mention spéciale aux moustiques locaux, qui ont vite reconnu en moi la proie idéale. Les anti-moustiques n’y font rien. Et, ayant suivi les sages conseils de Romain, je n’avais pas imprégné mes vêtements de répulsif, puisque, je cite « ça ne sert à rien, il n’y a pas de moustiques à Calabar », ahahah la bonne blague ! J’ai du porter à longueur de journée des T-shirts à manche longue. Ca ne m’a pas empêchée de me faire dévorer allégrement. Mais à l’heure où j’écris cet article, soit deux semaines après mon retour, aucun signe de malaria ne semble apparaître, ces sales bêtes m’ont donc piquée en vain, tant mieux !

Le repos de retour à Lagos après notre excursion dans la forêt tropicale était bien mérité. La vie dans le « bush » c’est bien, mais c’est fatigant ! Et puis surtout nous avions terriblement besoin de vêtements secs. Il faut savoir que dans la forêt, tout est humide et moite. Les vêtements mouillés mettent une semaine à sécher, sous réserve qu’il fasse beau ! Mais tous ces petits désagréments valent vraiment la peine, en tous cas pour quelques jours. La forêt a quelque chose de très apaisant, voir même accueillant (mis à part les moustiques bien sûr…), pas du tout comme la forêt vierge hostile de LOST, je vous assure.

 

 

 

 

  Une bête sauvage rencontrée au détour d’un chemin…

Notre excursion dans le nord fut la partie de nos vacances la plus riche en dépaysement, selon moi (voir l’article « Kano et le nord »). Tout d’abord, le fait que cette région soit presque exclusivement musulmane (contrairement au sud où la population est à 50% chrétienne et 50% musulmane) change étonnamment l’atmosphère. Alors que dans le sud, les Nigérians me parlent et me serrent la main volontiers, à Kano, ils ne me regardent même pas. Autant dire que leur surprise est grande quand ils se rendent compte que je sais parler français ET anglais ! Ce n’est pas évident de rester en retrait quand on a l’habitude de donner son opinion. Et surtout, qu’est-ce que ça donne chaud de se couvrir la tête et les épaules !!!

 

 

 

 

Dans cette région plus qu’ailleurs, les gens semblent très intrigués par notre présence. On est sans cesse dévisagé par les gens que nous croisons. Ces regards ne sont ni agressifs ni hostiles. Je crois que c’est de la simple curiosité. Ils ont du mal à comprendre qu’un blanc puisse vouloir visiter leur contrée. Pour eux, il n’y a rien d’intéressant à voir…

Et pourtant je ne me lasse pas d’observer tout ce qui nous entoure. Ces villages construits de terre rouge et ocre, ces femmes qui battent le mil dans des grandes jarres, ces enfants qui portent de lourds paniers sur leur tête, ces bébés, accrochés dans le dos de leur mère, cachés sous le voile, ces petites filles recouvertes de la tête aux pieds, ces enfants accompagnés d’un parent infirme et qui mendient pour lui, le vendredi…

 Des fillettes, rentrant de l’école, à Daura

La mention spéciale de ce séjour est attribuée au barrage du lac Tiga. Selon la plaque qui est édifiée sur la crête de l’ouvrage (une digue en terre et roches de 6 km de long, datant de 1975), la retenue sert à : l’alimentation en eau potable, l’irrigation, le soutien d’étiage, la production d’électricité, le tourisme, et puis c’est également une réserve piscicole. Bref, un barrage miraculeux qui aurait toutes les casquettes, quelle aubaine !! Sauf qu’en réalité je crois bien qu’il ne sert à rien du tout. Le gérant de l’hôtel nous a expliqué qu’il ne produisait pas encore d’électricité. L’hôtel semble d’ailleurs plutôt décrépi et je doute que l’activité touristique face rage ici, même le week end… Enfin, je n’ai pas vu de conduites qui pourraient servir à l’eau potable ou à l’irrigation. Mais peut être que je me trompe ! J’espère, parce que sinon, quel gâchis…

 

 

 

 

 

 

Après cette semaine également très éprouvante, nous rentrons à Lagos des images plein la tête. Il me reste 3 jours pour dire au revoir au Nigéria. Une nouvelle soirée au Shrine me permet de faire mes adieux aux danseuses de Femi Kuti. J’ai également tenté d’améliorer ma technique de danse dans une boîte, mais rien n’y fait. J’ai beau me trémousser tant et plus, je n’arrive pas à atteindre la grâce des Nigériane. Un jour peut être ? Il me faudrait bien plus de 2 semaines en Afrique pour ça…

Les vacances s’achèvent et mon impression générale est très positive. Le Nigéria est un pays où le tourisme est si peu développé, que finalement, j’ai l’impression d’avoir vécu le pays tel qu’il est vraiment. Tout ce que j’ai vu est authentique, ce n’est pas une mise en scène aseptisée pour touristes. Et surtout, je n’ai jamais ressenti l’insécurité dont tout le monde parlait avant mon départ. Ce n’est pas pour autant que le danger n’existe pas, à mon avis. Il y a certaines règles à respecter, c’est tout (du genre, avoir toujours la copie de son passeport sur soi !!). Mais dans l’ensemble, on a été tellement bien accueillis et traités, partout où nous sommes allés, que j’ai du mal à imaginer qu’on puisse nous vouloir du mal. Bien sûr il y a les racketteurs ou autres bad boys, mais quel pays n’en possède pas ? Et finalement les zones dangereuses sont surtout sur Lagos et le delta du Niger. Ce serait une erreur de généraliser à l’ensemble du pays.

Pour conclure sur cette épopée, je dirais que le Nigéria a beaucoup de choses à offrir. C’est vrai que la quasi inexistence d’infrastructures touristiques et l’absence de volonté de la part du gouvernement pour changer ça n’en rendent pas la visite facile. Mais de l’autre, la récompense est très souvent à la hauteur des efforts déployés, et puis ce n’est peut être pas plus mal: comme ca toute la beauté et l’authenticité de ce pays n’est accessible qu’aux aventuriers… comme moi ! ;-). Bon, c'est décidé, demain j'envoie ma candidature pour la prochaine saison de Koh Lanta..."

 

 

 

   Future gagnante de Koh Lanta 2007

 

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marie-Pierre baudez 18/11/2006 14:29

Bonjour RomainJe ne sais pas pourquoi ce matin en faisant mon ménage j'ai eu une petite lumière dans ma tête. certains diront que cette lumière est divine et intérieure cette lumière m'a dit nous sommes le 18 novembre. Enfin bref je voulais te souhaiter un bon anniversaire!!!!donne-moi de tes nouvelles. Nicolas a trouvé du boulot après avoir cherché pedant un an. Il a été recruté par une SS2i, l'INTA ,qui l'envoie en mission au ministère de l'intérieur pour le compte de la SAGEM. Il travaillera dans la reconnaissance par biométrie.Joyeux anniversaire à toi.Marie-Pierre

Bernard 16/10/2006 19:37

Félicitations pour ce blog ! Les témoignages sont toujours aussi intéressants même si (par paresse!) l'on ne donne pas la peine de faire des commentaires.Bises.Bernard et Nicole.

Bruno Girault 16/10/2006 18:46

Très intéressant ce témoignage .Bises RomainBruno

nico 12/10/2006 16:30

salut a tous les deux!
Ben je vois que tu es resté fidèle à GHO... Meme au nigeria tu va voir des barrages ;)  Bon c'est vrai j'ai fait la meme chose au burkina pour voir le barrage qui alimente en eau potable Ouagadougou -l'utilisation est bcp plus modeste mais celui la est mis en service!- (d'ailleurs ma soeur n'etait pas trop motivé pour faire un detour de 20km sur des pistes en moto pour voir un barrage, surtout qu'au retour on s'est un peu perdu en brousse sans trop d'essence...). N'empeche il etait sympa le barrage!
Bon et sinon ca avait l'air sympa c'est vacances exotiques... allez bon retour en france. Au fait j'ai encore craqué et je repars dans un mois... à la réunion! C'est sur que ce sera pas le nigeria...